Yann Perreau

Plein la gueule- IV

Un morceau du parrain de la techno, Giorgio Moroder, s’est emparé du mix quand Nicky arrive au palier central de la montagne, à une dizaine de mètres du grand escalier qui conduit au Belvédère. 

Parfois, Nicky se fait violence en montant la centaine de marches, mais pas aujourd’hui, pas à cette chaleur, se raisonne-t-il en apercevant, à l’autre bout de la pelouse, parmi les marguerites sauvages et les oiseaux blancs, l’attrayante silhouette d’une femme taillée fine dans sa camisole et son legging. La dame blonde et naturelle, dans la cinquantaine, intrigue autant que son lancer du bâton est foudroyant. Vue de loin, elle voit loin.

Galopant au soleil, son Golden Retriever haut sur pattes, ramasse le bout de bois et se dirige en direction de Nicky qui ralenti, surpris de voir le chien tournoyer autour de lui comme un démon. 

-Yo! Come over here, Puppy! 

L’écho de la voix rauque de la dame résonne dans toute la forêt. Nicky stoppe sa course, mais le clébard surexcité, lui, ne veut rien entendre. Stalactites de mucus qui pendouillent et balancent sans se rompre de sa gueule rose et noire, le chien ouvre les mâchoires pour laisser tomber le bâton aux pieds du coureur qui tourne son regard vers la dame qui lui adresse un sourire agrémenté d’un clin d’œil, pas anodin aux yeux de Nicky que la trame psychotonique de Midnight Express a catapulté dans une atmosphère de club. Une transe brumeuse (la chaleur?) alimente son imagination fertile (lui qui a toujours eu un faible pour les femmes matures).

Bref, ça enchaîne vite en ce lendemain de veille de tous les possibles et l’idée que la séduisante cougar anglaise l’invite pour un thé lui traverse l’esprit.

-Calm down, Puppy… Look at me!

D’une main, la femme charismatique brandit un biscuit, de l’autre une laisse. Ébaubi, Nicky lâche prise, ouvert et prêt à toute éventualité (il a souvenir d’une rencontre semblable qui s’était terminée cul par-dessus tête…)…

L’instant demeure ambigu jusqu’à ce qu’un coup de sifflet retentisse et fasse s’envoler les mouettes. Cette fois, le cabot a entendu le message de sa maîtresse. Frénétique, il couine en branlant sa queue ; il doit récupérer son joujou, on ne rigole plus.

-Wake-up daddy! Eh! Eh!

Ressaisit, Nicky ramasse nerveusement la branche par son bout gluant et, faisant mine d’être au-dessus de la mêlée, la relance au chien qui file comme une flèche.

Reprenant son allure de croisière, Nicky fait le beau une dernière fois, saluant gentiment la belle inconnue, avant d’essuyer sa main souillée de bave et d’écorces mâchouillées. Son marcel en prend plein la gueule. 

SUITE, JEUDI PROCHAIN…

(Dessin généré par l’IA)

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